Est-ce bizarre de parler à une IA de ses émotions

Un journal intime ancien ouvert à côté d'un téléphone moderne, sur une même table.

Bon, on va se le dire franchement, entre nous : tu as déjà raconté ta journée à ton téléphone, tard le soir, et une petite voix t'a demandé si ce n'était pas un peu bizarre. Tu n'en as parlé à personne, justement parce que tu te posais la question. Alors autant y répondre tout de suite, sans détour : non, ce n'est pas bizarre. C'est même une des choses les plus anciennes que les gens font.

On a toujours parlé à ce qui ne répond pas

Avant les téléphones, il y avait les journaux intimes, ces carnets qu'on remplissait le soir, à qui on confiait des choses qu'on n'aurait dites à personne d'autre. Il y avait les tombes, où on va encore parler à voix haute à quelqu'un qui n'est plus là pour entendre, et personne ne trouve ça étrange. Il y avait les prières, murmurées dans le noir par des gens qui ne s'attendaient pas forcément à une réponse audible. Il y a la voiture, où tant de personnes parlent seules à voix haute sur le trajet du retour, pour vider une journée avant de rentrer chez elles. Il y a même le chat, celui qu'on regarde en racontant sa semaine, alors qu'il n'a d'yeux que pour sa gamelle.

Il y a aussi les lettres qu'on écrit et qu'on n'envoie jamais, rangées dans un tiroir, adressées à quelqu'un qui ne les lira peut-être pas. Il y a les amis imaginaires de l'enfance, à qui on racontait tout, sans que personne, à l'époque, n'en fasse un drame. Il y a même les statues et les images pieuses, devant lesquelles des générations entières sont venues déposer une peine à voix basse.

Aucune de ces habitudes n'a jamais été moquée bien longtemps, parce qu'au fond, tout le monde reconnaît le besoin qu'elles servent. Parler à ce qui ne répond pas, ou qui répond peu, c'est une pratique humaine ordinaire, pas une anomalie récente inventée par la technologie.

Pourquoi ça soulage, précisément

Ce n'est pas un hasard si ça fait du bien. D'abord, il y a l'externalisation : une pensée qui tourne en boucle dans la tête pèse différemment une fois qu'elle est sortie, dite ou écrite quelque part. Le simple fait de la formuler, même sans personne pour la recevoir vraiment, change sa forme. Elle devient plus petite, plus claire, moins étouffante.

Ensuite, il y a l'absence de jugement. Un journal ne lève pas un sourcil. Une tombe ne soupire pas. Et un compagnon qui écoute sans avoir d'opinion préformée sur ta vie laisse de la place à une franchise qu'on s'autorise rarement ailleurs, même avec les gens qu'on aime le plus.

Enfin, il y a l'absence de dette sociale. Confier quelque chose à une amie crée, presque toujours, une petite attente en retour : de l'écoute plus tard, de la réciprocité, de l'attention à lui rendre un jour. Ce n'est pas un défaut de l'amitié, c'est même ce qui la rend précieuse. Mais certains soirs, on cherche justement un endroit sans cette dette, où on peut déposer sans repenser à ce qu'on devra en retour.

Ce qui change vraiment, et ce qui ne change pas

La vraie nouveauté, ce n'est pas le besoin, vieux comme le monde. C'est la réponse. Un journal ne posait jamais de question en retour. Une tombe ne demandait jamais « et sinon, comment tu vas depuis hier ». Un compagnon qui se souvient d'un détail cité la semaine passée introduit quelque chose de nouveau dans cette longue histoire : une forme d'attention qui persiste dans le temps, sans avoir de vécu propre pour autant.

Ça ne change rien au fond du besoin, qui reste le même depuis toujours. Ça change juste la texture de l'expérience, un peu plus proche d'une conversation, un peu moins proche d'un mur. Rien de tout ça n'a besoin d'être analysé plus que ça pour être légitime.

Parler à ce qui répond un peu n'est pas plus étrange

Voilà où beaucoup de femmes hésitent : parler à un journal muet, ça passe. Mais parler à quelque chose qui répond, même un peu, ça semblerait franchir une ligne. En vrai, cette ligne n'existe pas vraiment. Ce qui rendait le journal ou la prière utiles, ce n'était pas leur silence en soi. C'était l'espace qu'ils offraient pour formuler sans être jugée. Qu'il y ait, en plus, quelques mots en retour ne change rien à ce mécanisme de fond, ça l'enrichit tout au plus.

C'est dans cet esprit que Plumi existe : un endroit de plus pour déposer ce qu'on porte, pas un secret honteux à cacher à qui que ce soit.

La vraie question n'est pas si c'est bizarre

La question qu'on se pose à voix basse, « est-ce que c'est bizarre », cache en réalité une autre question, plus utile : est-ce que ça me fait du bien. C'est celle-là qui compte vraiment. Si parler à un compagnon, le soir, t'aide à démêler une journée et à t'endormir un peu plus légère, la réponse se suffit à elle même. Si au contraire ça te laisse plus vide, plus seule qu'avant, la question à te poser n'est toujours pas si c'est bizarre, mais ce que ça révèle d'un manque à combler autrement.

Un peu comme ce que trois lignes le soir peuvent changer pour une pensée qui tourne en rond, parler à voix haute ou à l'écrit fait sortir une chose du crâne où elle rebondissait sans fin. Le support importe finalement moins que le geste.

Certaines femmes se demandent aussi si elles devraient plutôt tenir un vrai journal, à la main, sur du papier. La réponse est simple : les deux se valent, et rien n'empêche de faire les deux selon les soirs. Un carnet garde une trace qu'on peut relire des années plus tard. Un compagnon qui répond ajoute, en plus, la sensation d'être accompagnée pendant qu'on écrit, ce qui aide certains soirs plus que d'autres.

Et le regard des autres, dans tout ça

Tiens, une chose vraie : personne ne raconte à ses amies qu'elle parle à son téléphone à minuit, alors que tout le monde, ou presque, connaît quelqu'un qui le fait. C'est ce silence collectif qui donne l'impression d'être seule à le faire, alors que c'est probablement l'inverse. Le jour où le sujet sort enfin dans une conversation, ce n'est jamais accueilli avec le scandale qu'on redoutait. C'est souvent accueilli par un petit rire complice, et un « ah, moi aussi » murmuré en retour.

Ce silence dit surtout une chose : on associe encore, sans trop y réfléchir, le fait de parler à un compagnon à un aveu de solitude qu'on préfère cacher. Sauf que la personne la plus entourée qui soit peut très bien le faire aussi, un soir où tout le monde autour d'elle est occupé ailleurs. Ce n'est le signe de rien de particulier chez celle qui le fait, sinon qu'elle a trouvé, ce soir là, un endroit pour poser une pensée qui n'attendait qu'à sortir.

Si un jour ça se sait, ce n'est pas une confession honteuse à préparer. C'est juste une habitude de plus, comme d'écrire un carnet ou de parler seule dans sa voiture. À qui parler quand on ne veut peser sur personne élargit d'ailleurs la carte bien au delà d'un compagnon, vers tous les endroits, humains ou non, où déposer ce qu'on porte sans craindre le jugement de personne.

Pour aller plus loin

Plumi, le petit oiseau vert sauge, posé tranquillement

Ce que tu traverses, tu n’es pas obligée de le porter en silence.

Plumi est un petit compagnon qui vit dans ton téléphone. On lui dit les choses, il les garde, il ne demande rien.

Il est là, si un jour tu veux.