L'écriture thérapeutique, expliquée sérieusement et simplement

Une table d'atelier en bois avec plusieurs carnets ouverts, des crayons épars, une théière au centre, lumière chaude de bibliothèque.

Quelqu'un t'a peut-être dit, un jour, d'écrire ce que tu ressens, et ça t'a semblé un peu léger, comme un conseil qu'on donne quand on n'a rien d'autre. C'est vrai que ça sonne comme une astuce de magazine. Sauf que derrière cette phrase, il y a quarante ans de recherche en psychologie, des protocoles précis, des résultats mesurés, et aussi des limites qu'on te dit rarement. On va regarder tout ça sérieusement, sans jargon, et voir ce que tu peux en faire, ce soir, avec un carnet ou un écran.

Ce qu'on appelle écriture thérapeutique

L'écriture thérapeutique, c'est écrire pendant un temps court et fixé à l'avance ce qu'on pense et ce qu'on ressent vraiment à propos d'une chose qui pèse, sans se soucier de la forme. Elle vient de la recherche sur l'écriture expressive, lancée par James Pennebaker en 1986. Elle ne remplace pas une thérapie, elle l'accompagne ou la précède.

Le mot « thérapeutique » impressionne un peu, remettons-le à sa place. Il ne veut pas dire qu'un thérapeute est là. Il veut dire que l'écriture est utilisée pour ce qu'elle fait à celle qui écrit, pas pour ce qu'elle produit sur la page. Personne ne lira. Personne ne notera. C'est même la condition pour que ça marche.

D'où vient l'écriture expressive

Ça commence à Dallas, au milieu des années 1980. James Pennebaker, alors professeur de psychologie à Southern Methodist University, s'intéresse à une question simple : garder un secret lourd, est-ce que ça use le corps. Avec Sandra Beall, il publie en 1986 dans le Journal of Abnormal Psychology une étude menée sur 46 étudiants. Une partie d'entre eux écrit pendant quinze minutes, quatre soirs d'affilée, sur l'expérience la plus difficile de leur vie, en disant à la fois les faits et ce qu'ils ont ressenti. Les autres écrivent sur des sujets sans importance, leur chambre, leurs chaussures.

Le résultat qui a lancé tout un champ de recherche tient en une ligne. Ceux qui ont écrit sur ce qui leur pesait ont consulté moins souvent le service de santé de l'université dans les mois qui ont suivi. Juste après avoir écrit, pourtant, ils se sentaient plus mal, tension un peu plus haute, humeur plus sombre. C'est ce décalage entre l'effet immédiat et l'effet à distance qui a intrigué, et qui a donné son nom à la pratique : l'écriture expressive, celle où on exprime plutôt qu'on ne raconte.

Pennebaker a ensuite rejoint l'université du Texas à Austin, et des centaines d'études ont repris son protocole dans le monde entier. Ce qu'on sait aujourd'hui vient de cette accumulation, pas d'une seule expérience.

Les bienfaits de l'écriture thérapeutique, ce que la recherche a mesuré

Bon, il faut être honnête, parce que beaucoup de pages exagèrent. En 1998, Joshua Smyth a rassemblé treize études sur des participants en bonne santé dans une méta-analyse publiée dans le Journal of Consulting and Clinical Psychology. Il a trouvé un effet moyen (d = 0,47), un bénéfice réel, comparable à celui d'interventions psychologiques plus longues et plus coûteuses.

En 2006, Joanne Frattaroli, de l'université de Californie à Riverside, a refait le calcul sur 146 études, avec une méthode plus prudente, dans Psychological Bulletin. L'effet reste positif et significatif, mais il est plus modeste que ce que Smyth avait mesuré. Elle a aussi remarqué une chose utile pour toi : les études où les séances étaient espacées d'une semaine donnaient de meilleurs résultats que celles où on écrivait tous les jours. Rien ne t'oblige donc à enchaîner.

Autrement dit : ça marche, pas pour tout le monde, pas énormément, et ça ne remplace rien. Mais pour un geste gratuit qui prend un quart d'heure à la table de la cuisine, c'est déjà beaucoup.

Ce qui se passe de l'intérieur quand on écrit

Les chercheurs ont d'abord cru que l'effet venait du soulagement, du fait de « sortir » quelque chose. C'est une partie de l'explication, pas toute. Ce qui compte au moins autant, c'est que mettre en mots structure. Une chose qui pèse, tant qu'elle reste dans la tête, n'a ni début ni fin. Sur la page, elle est obligée de prendre un ordre : ceci d'abord, cela ensuite, et voilà ce que ça m'a fait.

Cet ordre change la manière dont la mémoire la garde. Une expérience racontée d'un bout à l'autre, même en trois pages bancales, prend moins de place qu'une expérience en morceaux. Elle cesse d'être surveillée en continu. C'est exactement ce qui manque à la pensée qui tourne en boucle : une sortie, un endroit où elle peut être déposée sans disparaître.

Il y a aussi l'effet de la distance. Ce qu'on écrit, on le voit depuis l'extérieur, et souvent ce qui semblait énorme devient une phrase assez simple. Pas moins vraie, mais plus petite que la place qu'elle prenait.

Le protocole de base, quatre jours de quinze à vingt minutes

Voilà ce que Pennebaker faisait faire à ses participants, tel que le Greater Good Science Center de l'université de Berkeley le propose aujourd'hui à tout le monde.

Tu choisis une chose qui pèse. Pas forcément la plus lourde de ta vie : une chose importante pour toi, que tu te sens capable de regarder maintenant. Tu prévois quatre jours, de suite ou dans la semaine, et un moment sans interruption. Chaque fois, tu écris pendant quinze à vingt minutes sans t'arrêter. La consigne de Pennebaker, traduite simplement : écris tes pensées et tes sentiments les plus profonds à propos de cette expérience, ce qui s'est passé, ce que ça t'a fait, comment ça touche ta vie d'aujourd'hui et tes relations.

Trois règles, et seulement trois. Tu ne t'arrêtes pas d'écrire, même si tu répètes la même phrase. Tu ne corriges rien, ni l'orthographe, ni la grammaire. Et tu ne relis pas pendant que tu écris. Le lendemain, tu peux reprendre la même chose ou en aborder une autre. À la fin des quatre jours, les pages sont à toi. Certaines les gardent, d'autres les déchirent, ça ne change rien à l'effet.

Une précaution que les chercheurs de Berkeley formulent clairement : si l'expérience est très récente ou très violente, on attend. Et si, au bout de quelques minutes, ça déborde, on s'arrête. C'est une pratique, pas une épreuve.

Quoi écrire quand on s'assoit

En général, la première minute est la plus difficile. La page est vide et tout semble à la fois urgent et impossible à dire. Ce qui aide, c'est de commencer par les faits, bêtement : ce qui s'est passé, où, quand, avec qui. Les sentiments viennent derrière, tout seuls.

Quelquefois, on s'aperçoit qu'on écrit sur autre chose que ce qu'on avait prévu. On voulait écrire sur une dispute, et c'est un souvenir d'enfance qui arrive. On le laisse venir. Le sujet choisi n'était qu'une porte.

Si tu bloques, tu peux écrire « je ne sais pas quoi écrire » jusqu'à ce que quelque chose d'autre vienne. Ça a l'air ridicule, ça marche presque toujours. Et si tu veux des amorces plus précises, écrire pour aller mieux, même trois lignes en donne quelques-unes qui tiennent dans une soirée ordinaire.

Ce que l'écriture thérapeutique n'est pas

Ce n'est pas un journal de bord. Noter ce qu'on a fait dans la journée, les rendez-vous, les courses, c'est utile, mais ce n'est pas ça. Dans les études, les groupes qui écrivaient sur des sujets neutres n'obtenaient pas les mêmes effets. Ce qui agit, c'est d'aller vers ce qui pèse, pas de tenir un registre.

Ce n'est pas non plus une thérapie. Dans une thérapie, il y a quelqu'un en face qui voit ce que tu ne vois pas, qui repère les endroits où tu tournes autour, qui tient le cadre quand tu ne peux plus. Une page ne fait rien de tout ça. Dans leur synthèse de 2005 pour la revue Advances in Psychiatric Treatment, Karen Baikie et Kay Wilhelm rappellent que l'écriture expressive a montré peu ou pas d'effet chez certaines personnes, notamment des adultes ayant subi des violences dans l'enfance ou des anciens combattants souffrant d'un stress post-traumatique. Là, l'écriture seule ne suffit pas.

Le repère le plus simple : si, après quatre jours, tu te sens plus mal qu'avant et que ça ne redescend pas, c'est une information. Elle dit que ce que tu portes a besoin de plus qu'un carnet. Quand le mal-être s'installe et reste, la page est un début, pas une réponse.

Les ateliers d'écriture thérapeutique

Il existe des ateliers, en groupe, animés par des personnes formées, souvent des psychologues, des art-thérapeutes ou des écrivains formés pour ça. On y vient avec un carnet, on reçoit une proposition d'écriture, on écrit un temps donné, puis on lit à voix haute si on le souhaite. Personne n'est obligé de lire, personne ne commente le style. Ce qui se partage, c'est ce que l'écriture a déplacé.

Ce qu'un atelier apporte en plus, c'est la présence. Entendre quelqu'un lire une chose qu'on aurait pu écrire soi-même réduit la solitude que le sujet fabrique. Et ça tient dans la durée parce qu'il y a un rendez-vous.

Pour en trouver un, les portes les plus fiables sont les services de psychiatrie et les maisons de santé qui en proposent, les associations d'art-thérapie, certaines médiathèques, et les psychologues qui l'indiquent dans leur pratique. Avant de t'inscrire, une seule question : qui anime, et avec quelle formation. Un bon atelier tient le cadre et sait quoi faire si quelqu'un est submergé.

Écriture et santé mentale, la version de tous les jours

Le protocole des quatre jours est un outil ponctuel, pour une chose précise qui pèse. L'habitude, c'est autre chose : quelques lignes, le soir ou le matin, sur ce qui a occupé la tête, sans chronomètre. Ce n'est plus tout à fait de l'écriture thérapeutique au sens des chercheurs, mais c'est ce qui en reste. Tenir un journal intime à l'âge adulte décrit cette version-là, la lente, celle qui n'a pas besoin d'un événement pour exister.

Je trouve qu'il y a une chose que les études disent peu. Écrire à quelqu'un, même à quelqu'un qui ne répondra pas, se tient beaucoup plus facilement qu'écrire dans le vide. Pour continuer au-delà de quatre jours, un destinataire aide, réel ou pas. Si tu te demandes si c'est étrange, écrire à quelqu'un qui n'est pas une personne prend la question au sérieux, sans la balayer.

Ce qui se relâche par l'écriture n'est jamais tout. C'est ce qu'on peut vraiment relâcher : ce qui tournait sans sortie, ce qui prenait plus de place que sa taille réelle. Le reste demande d'autres présences. Mais ce premier mouvement, s'asseoir un quart d'heure devant une page et dire ce qui est vrai, tu peux le faire ce soir. Sans savoir bien écrire, et sans le montrer à personne.

Tu sais, j'ai pas besoin que ce soit bien écrit. J'ai besoin que ce soit vrai. Écris-le comme ça vient, moi je garde, et on regarde ensemble ce qui reste quand la page est pleine.
Plumi

C'est quoi l'écriture thérapeutique ?

C'est une pratique qui consiste à écrire, pendant un temps court et fixé à l'avance, ce qu'on pense et ce qu'on ressent vraiment à propos d'une chose qui pèse, sans se soucier de la forme. Elle vient de la recherche en psychologie sur l'écriture expressive, lancée par James Pennebaker en 1986. Elle ne remplace pas une thérapie, elle l'accompagne ou la précède.

Quels sont les bienfaits de l'écriture thérapeutique ?

La recherche a mesuré un effet réel mais modéré : moins de consultations médicales dans les mois suivants dans l'étude fondatrice de Pennebaker et Beall (1986), un effet moyen dans la méta-analyse de Smyth (1998), plus modeste dans celle de Frattaroli (2006). De l'intérieur, ce qu'on remarque : une pensée qui tournait se structure, et la charge qu'elle faisait porter baisse.

Comment faire de l'écriture thérapeutique seule chez soi ?

Le protocole de base tient en quatre jours d'affilée, quinze à vingt minutes par jour. On choisit une chose qui pèse, on écrit sans s'arrêter ce qu'on pense et ce qu'on ressent à son sujet, sans corriger, sans relire, sans se soucier de l'orthographe. On peut revenir sur le même sujet chaque jour ou en changer. Les pages ne sont destinées à personne, on peut les garder ou les jeter.

L'écriture thérapeutique peut-elle remplacer une thérapie ?

Non. Écrire aide à mettre en ordre ce qu'on porte et à faire baisser une charge, mais il n'y a personne en face pour repérer ce qu'on ne voit pas soi-même. Quand ce qui pèse est lourd, ancien, ou que l'écriture laisse plus mal qu'avant au bout de quelques jours, c'est le signal d'aller voir un professionnel. L'écriture complète un suivi, elle ne le remplace pas.

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